Vladimir Poutine a ordonné jeudi de "liquider sur place" les auteurs d'attentat mettant en danger les forces de l'ordre après un "acte terroriste" à Saint-Pétersbourg, dans un contexte de menace liée au retour des jihadistes partis en Syrie.

L'explosion d'une bombe artisanale dans un casier de la consigne d'un supermarché de la deuxième ville de Russie a fait 14 blessés mercredi soir, dont 13 ont été hospitalisés, à quatre jours du réveillon du Nouvel an.

Si les enquêteurs ont ouvert une procédure formelle pour "tentative d'homicide", le président russe a qualifié les faits d'"acte terroriste" lors d'une cérémonie au Kremlin pour des militaires ayant participé à l'intervention en Syrie.

Il a ajouté avoir donné l'ordre aux services spéciaux du FSB, "lors des arrestations, d'agir dans le cadre de la loi" ; "Mais en cas de menace pour la vie ou la santé de nos agents, de nos officiers, il faut agir de manière ferme et ne pas faire de prisonniers, mais liquider les bandits sur place", a-t-il ajouté.

Des policiers sur les lieux d'une explosion dans un supermarché, le 27 décembre 2017 à Saint-Pétersbourg, en Russie

Son porte-parole Dmitri Peskov a précisé à la presse que cet ordre concernait "ceux qui se préparent à commettre des attentats dans notre pays".

La Russie a été menacée à plusieurs reprises par l'organisation Etat islamique (EI) et par la branche syrienne d'Al-Qaïda après le début de son intervention militaire en Syrie, le 30 septembre 2015.

Après l'annonce mi-décembre par Vladimir Poutine d'un retrait partiel de ses troupes, les services de sécurité ont dit craindre une arrivée de jihadistes de retour de Syrie et d'Irak maintenant que le groupe Etat islamique a perdu la quasi-totalité de son territoire.

- "Dictature barbare" -

Plusieurs personnes ont été blessées mercredi dans une explosion dans un supermarché de Saint-Pétersbourg (nord-ouest de la Russie)

Près de 4.500 citoyens russes sont partis à l'étranger pour combattre "aux côtés des terroristes", selon le directeur du FSB, Alexandre Bortnikov.

Aux Russes partis combattre en Irak et en Syrie, originaires en majorité des républiques musulmanes instables du Caucase, s'ajoutent plusieurs milliers de combattants issus des pays d'Asie centrale, qui comptent une importante diaspora en Russie.

Vladimir Poutine a souligné que l'intervention russe en Syrie avait permis de tuer "des milliers" de jihadistes qui auraient pu "revenir formés, armés et bien préparés". Il a fait l'éloge du rôle de la Russie, intervenue en soutien au régime de Bachar al-Assad, dans la défaite des jihadistes: l'armée russe, a-t-il affirmé, a fourni "une contribution cruciale dans la défaite des forces criminelles qui avaient défié toute la civilisation, en détruisant l'armée terroriste d'une dictature barbare".

Les déclarations triomphalistes de l'armée russe ces derniers temps ont été accueillies avec un certain agacement au sein de la coalition internationale menée par les Etats-Unis, qui reproche à Moscou d'avoir combattu les rebelles plus que les jihadistes.

- Suspect -

La Russie, qui vient d'entrer en campagne électorale pour la présidentielle du 18 mars et accueille du 14 juin au 15 juillet le Mondial de football sous haute sécurité, a été la cible de plusieurs attentats cette année dont celui de Saint-Pétersbourg constitue le dernier en date.

Des policiers sur les lieux d'une explosion dans un supermarché, le 27 décembre 2017 à Saint-Pétersbourg, en Russie

Dans un communiqué publié dans la nuit de mercredi à jeudi, le Comité national antiterroriste (NAK) a précisé que la bombe artisanale, d'une puissance équivalent à 200 grammes de TNT, avait explosé dans un casier de la consigne du supermarché situé dans un ancien cinéma soviétique. Il a diffusé des images de l'entrée du magasin avec le plafond en partie effondré près des caisses, entourées de débris.

Les enquêteurs "cherchent les personnes liées à ce crime", a-t-il souligné.

Le site d'informations local Fontanka.ru a diffusé jeudi des images de vidéosurveillance montrant un homme en veste à capuche avec un sac à dos visiblement lourd, qui quitte ensuite les lieux sans sac.

Le 3 avril, Saint-Pétersbourg a été la cible d'un attentat dans son métro qui a fait 15 morts et des dizaines de blessés et qui a été revendiqué par un groupe peu connu lié à Al-Qaïda.

L'auteur présumé de cette attaque, Akbarjon Djalilov, un homme de 22 ans originaire du Kirghizstan, une ex-république soviétique d'Asie centrale, a également été tué dans l'attentat.

Mi-décembre, les services de sécurité russes avaient annoncé avoir démantelé, à l'aide de renseignements transmis par la CIA, une cellule de l'EI préparant des attentats le 16 décembre à Saint-Pétersbourg, notamment dans la très touristique cathédrale Notre-Dame-de-Kazan.

S/AFP/Africsol

Commentaires