"Que la parole d'un petit prêtre comme moi reçoive un tel écho, c'est la preuve que c'était très attendu", souligne le père Pierre Vignon, qui a relancé l'affaire Barbarin en appelant l'archevêque de Lyon à tirer les conséquences des dernières déclarations du Pape sur la pédophilie.

La pétition lancée sur internet par ce curé rattaché au diocèse de Valence avait recueilli 10.000 signatures mercredi après-midi, au lendemain de sa mise en ligne.

Le père Vignon y appelle "publiquement et sans détour" le primat des Gaules à donner sa démission de cardinal et d'archevêque de Lyon "dans les plus brefs délais".

"Je ne l'ai pas fait dans l'intention d'avoir la tête de quelqu'un mais afin de permettre à chaque chrétien - et même au delà - de dire: +ça suffit!+", indique-t-il à l'AFP

Philippe Barbarin est poursuivi par d'anciens scouts lyonnais pour ne pas avoir dénoncé à la justice de vieilles agressions pédophiles dans son diocèse, en particulier celles commises par le père Bernard Preynat.

En démissionnant, Mgr Barbarin tirerait, selon le père Vignon, les conséquences de la lettre adressée lundi à l'ensemble des catholiques par le Pape François, après la découverte d'un énorme scandale de pédophilie aux Etats-Unis, dont les auteurs ont été couverts pendant des années par l'Eglise locale.

Après ce "cri" du Pape, "le Peuple de Dieu" se devait de réagir, souligne ce prêtre de 64 ans, sans affectation depuis un grave accident de voiture et qui vit depuis dans son petit village du Vercors.

"L'Eglise n'est pas une secte. J'appartiens à l'Eglise mais je n'admets pas que des pervers s'y soient infiltrés et que les responsables de l'Eglise ne les arrêtent pas", lance-t-il en assurant ne pas avoir appelé "à une chasse à l'homme".

Les faits reprochés datEnt d'avant 1991 et sont donc bien antérieurs à l'arrivée de Mgr Barbarin à la tête du diocèse de Lyon. Mais, s'adressant au prélat, le père Vignon estime que celui-ci aurait dû remettre sa démission dès son fameux lapsus "+Grâce à Dieu, les faits sont prescrits+".

- Pas de loi du silence -

"L'affaire Preynat est d'ailleurs devenue l'affaire Barbarin. Pourquoi se retrouve-t-il du côté du prédateur ?", se demande le père Vignon.

"Cette dissimulation, c'est le summum de l'hypocrisie, c'est tromper les hommes en se recommandant de Dieu".

Le porte-parole de la Confédération des évêques de France, Olivier Ribadeau-Dumas, a assuré qu'il n'y avait pas de "loi du silence" dans l'Eglise face aux affaires de pédophilie impliquant des prêtres.

"Le fait que le père Vignon puisse écrire cette lettre pour dénoncer cela, ce n'est pas la loi du silence. Ca fait deux ans et demi que les évêques de France ont pris des mesures assez claires pour une collaboration avec la justice, la dénonciation des faits, les signalements, l'accueil et l'accompagnement des victimes", a-t-il affirmé sur France Inter.

Olivier Ribadeau-Dumas a estimé que la question du renvoi de cardinaux pouvait se poser "mais il y a une action en justice qui existe. Cette justice doit passer pour qu'une décision puisse être prise".

Au diocèse de Lyon, l'évêque auxiliaire Emmanuel Gobilliard a relevé qu'on ne pouvait pas "reprocher au cardinal de ne pas avoir ouvert les portes à la justice". "Si le dossier prend du retard, ce n'est pas la faute du cardinal" qui souhaite au contraire que le procès "arrive le plus vite possible", a indiqué Mgr Gobilliard au quotidien régional Le Progrès.

L'adjoint de Mgr Barbarin a rappelé que ce dernier avait parlé au Pape d'une éventuelle démission. "Il a été très clair. "Si tu veux, je démissionne. Le Pape lui a dit +non+. Et on ne peut pas dire que le pape François tergiverse sur cette question", a-t-il relevé.

Mgr Barbarin doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Lyon mais son procès, déjà reporté une fois, risque un nouveau renvoi pour des raisons de procédure.

Après sa lettre ouverte, le père Vignon affirme avoir reçu nombre de messages de haine de la part "d'ultras qui se disent catholiques".

Du côté de sa hiérarchie, c'est "silence radio". "La règle non écrite, c'est : +pas de vagues+. Mais à la fin, quand on ne fait rien, quand rien n'est réglé, ça devient un tsunami".

S/AFP/AFRICSOL

 

 

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